La Lettre
La maison

Le Nom

Une montagne. Une cité romaine. Un tombeau. Et des oliviers qui ont vu passer tout le monde.

Zerhoun n'est pas un mot inventé par une agence. C'est un massif montagneux du Maroc, à une trentaine de kilomètres au nord de Meknès. On y monte à travers des oliveraies. On y respire mieux.

Ce qu'il y a au pied de la montagne

Deux choses, à trois kilomètres l'une de l'autre.

La première est Volubilis — Walili, de son nom local. Une cité antique, berbère puis romaine, capitale de la Maurétanie Tingitane, aujourd'hui quarante hectares de ruines posées au milieu des champs et des oliviers. Elle est inscrite au patrimoine mondial de l'UNESCO depuis 1997. Ce qu'on y a déterré n'est pas un palais : ce sont des pressoirs à huile. Des dizaines. La ville vivait de l'olive. Sa richesse — les mosaïques, les colonnes, les maisons à péristyle — est née d'un fruit qu'on presse.

La seconde est Moulay Idriss Zerhoun, la ville blanche accrochée au flanc du massif, où repose Idris Ier, fondateur de la première dynastie musulmane du Maroc. Une ville de pèlerinage. Un lieu qu'on ne traverse pas : où l'on monte.

Le détail qui a décidé du nom

À l'extrémité du decumanus de Volubilis se dresse l'arc de triomphe dédié à l'empereur Caracalla et à sa mère Julia Domna, achevé en 217. Il fut taillé dans le calcaire gris du Zerhoun.

La pierre de l'arche vient de la montagne. La maison porte le nom de la carrière.

C'est là que tout se tient. Rome, la Berbérie, l'Islam — trois civilisations qui n'ont pas cohabité par politesse mais par superposition, sur le même sol, avec la même pierre. Ce n'est pas un décor. C'est une méthode : on hérite, on taille, on transmet.

Le symbole, et ce qu'il n'est pas

Le signe de la maison est une triple arche. Il faut être exact : l'arc de Caracalla n'a qu'une seule ouverture. Notre symbole n'est pas une reproduction, c'est une composition. Trois arches pour trois civilisations, une seule ligne d'horizon pour les tenir ensemble, et une clé de voûte au centre — le point où elles se touchent.

Une maison qui prétend raconter le réel se doit d'être précise sur le réel, y compris quand cela dérange son propre logo.

Pourquoi un nom qui ne décrit rien

Zerhoun ne dit ni table, ni artisan, ni voyage. C'est volontaire. Les noms qui décrivent enferment : ils vieillissent avec la catégorie qu'ils nomment. Les noms qui évoquent laissent la place à ce qu'on va devenir. Cabana ne parle pas de décoration. Kinfolk ne parle pas de cuisine. Zerhoun ne parle pas de la Méditerranée : il en vient.

Un nom, ici, n'est pas une promesse. C'est une adresse.

Sources : site archéologique de Volubilis (UNESCO, inscription 1997) ; arc de Caracalla, dédié entre décembre 216 et avril 217 par le procurateur Marcus Aurelius Sebastenus, construit en calcaire gris du Zerhoun ; Moulay Idriss Zerhoun, sépulture d'Idris Ier.

— ZERHOUN

La Lettre

La lettre

Une lettre par mois. Une rencontre, un lieu, une table, un livre.

Rien à vendre. Nous écrivons d'abord à ceux qui lisent.