Volubilis et le mont Zerhoun
Trente kilomètres au nord de Meknès. Quarante hectares de ruines au milieu des oliviers. Et une ville sainte accrochée au flanc de la montagne.
Volubilis et le mont ZerhounOn arrive à Volubilis par une route qui monte doucement, entre les oliveraies et les champs de blé. Les colonnes apparaissent avant le reste. Puis l'arc, visible à un demi-kilomètre · pierre claire contre une colline à sommet plat.
Une ville que l'olive a bâtie
On visite Volubilis pour ses mosaïques. On devrait la visiter pour ses pressoirs.
Les fouilles en ont dégagé des dizaines. À ce point nombreux qu'ils ne laissent aucun doute : l'huile d'olive était la principale richesse de la cité. Le blé, les fruits, les bêtes exportées vers Rome complétaient le tableau · mais c'est l'olive qui a payé les colonnes, les péristyles, les sols de mosaïque que l'on foule encore aujourd'hui à ciel ouvert, restés à leur place d'origine.
Cela mérite qu'on s'arrête une seconde. La plus belle ville antique du Maroc a été financée par un fruit qu'on écrase. Il n'y a pas de meilleure définition de ce que nous appelons ici la beauté du quotidien : ce qui est somptueux vient de ce qui est ordinaire, travaillé avec constance pendant très longtemps.

Fin d'après-midi · matières et lumière
La pierre de l'arche
À l'extrémité de l'axe principal se dresse l'arc de triomphe. Il fut dédié entre décembre 216 et avril 217 à l'empereur Caracalla et à sa mère Julia Domna, par le procurateur de la cité au nom de la communauté des Volubilitains · en remerciement d'une remise d'impôts, et parce que Caracalla venait d'étendre la citoyenneté romaine à tous les hommes libres de l'Empire.
Il était couronné d'un attelage de bronze à six chevaux. Il n'en reste qu'un sabot.
Et il est taillé dans le calcaire gris du Zerhoun· la montagne qui domine la plaine, et qui donne son nom à cette maison. La pierre romaine est une pierre berbère. On a extrait la montagne pour bâtir l'arc.
Une cité romaine, une montagne berbère, une ville sainte musulmane. Trois kilomètres les séparent.
Moulay Idriss, au-dessus
À trois kilomètres, la ville blanche de Moulay Idriss Zerhoun s'accroche aux deux collines du massif. Idris Ier, fondateur de la première dynastie musulmane du Maroc, y repose. C'est un lieu de pèlerinage, et l'une des rares villes marocaines qu'on n'a jamais eu besoin de fortifier : la montagne suffisait.
Depuis les terrasses, on voit Volubilis en contrebas. Les deux villes se regardent depuis douze siècles.
Ce qu'on emporte en repartant
Un site archéologique se visite. Un territoire se comprend. Ici, ce qu'on comprend tient en une phrase : rien n'a été effacé. La cité romaine n'a pas été rasée, elle a été démontée pierre par pierre pour bâtir Meknès. Les oliviers n'ont pas été arrachés, ils ont été greffés. La montagne n'a pas changé de nom.
C'est la seule leçon d'hospitalité qui vaille : ce qui arrive ne remplace pas ce qui était. Il s'y ajoute.
Volubilis est inscrite au patrimoine mondial de l'UNESCO depuis 1997. Le site s'étend sur une quarantaine d'hectares, dont moins de la moitié a été fouillée. Accès depuis Meknès (30 km) ou Casablanca (environ 3 h de route).
· ZERHOUN
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Chaque mois, une maison, un jardin, un marché, un territoire. Décrits comme on décrit une pièce où l'on a vécu.
Une lettre par mois. Rien à vendre.

