Le Marché Central
Casablanca est méditerranéenne. Il suffit d'y aller à sept heures du matin pour s'en souvenir.
Le Marché CentralBoulevard Mohammed V. Une porte monumentale, en arc brisé, qui cite les entrées des médinas impériales · Fès, Marrakech. Derrière, une halle. Et à l'intérieur de la halle, une ville.
Une halle européenne déguisée en médina
Le Marché Central est né du protectorat. Les travaux sont autorisés en janvier 1917 ; le projet sort du service d'architecture de Casablanca dirigé par Pierre Bousquet, à qui l'on doit aussi une bonne partie des équipements publics de la ville. La construction s'étale sur trois ans, en deux phases, pour des raisons d'économies.
Le résultat est un objet hybride, et c'est ce qui le rend précieux : la fonctionnalité d'une halle européenne · allées couvertes, ventilation, étals alignés · sous un vêtement néo-mauresque. Une succession d'arcades sur les quatre façades. Des fontaines de zellige pour rafraîchir. Des moucharabiehs coulés en ciment. Une coupole octogonale au-dessus du marché aux poissons. Huit accès, qui permettent de le traverser dans tous les sens.
Ce bâtiment ne cherche pas à choisir entre deux mondes. Il les empile. Casablanca fait cela depuis un siècle.

Fin d'après-midi · matières et lumière
Ce qu'on y voit à sept heures
Les fleuristes tiennent les entrées · c'est la première odeur. Puis les poissons de l'Atlantique, sortis du port à quelques centaines de mètres. Les pyramides de citrons. Les bottes de menthe et de coriandre, humides, empilées comme du foin. Les olives par bassines : violettes, vertes cassées, noires ridées. Les épices en cônes.
La lumière du matin y est blanche et rasante. Les commerçants crient les prix. Le sol est mouillé. Personne ne pose.
Un marché est le seul endroit où une ville dit la vérité sur ce qu'elle mange.
Une histoire qui n'est pas décorative
Le 24 décembre 1953, le résistant Mohamed Zerktouni y commet un attentat contre les colons, en réponse à l'exil du sultan. Le marché n'est pas qu'un décor pittoresque : c'est un lieu politique, un lieu de mémoire, aujourd'hui classé au patrimoine national.
On peut aimer un lieu sans en effacer l'histoire. C'est même la condition pour l'aimer sérieusement.
Comment y aller, et quoi en rapporter
- Quand· tôt. Entre 7 h et 9 h, avant que la lumière ne monte et que les meilleurs étals ne se vident.
- Comment· tramway ligne T1, arrêt Marché Central, sur le boulevard Mohammed V.
- Quoi· le poisson, évidemment. Mais surtout les herbes, les citrons et les olives : c'est là que se joue une table méditerranéenne.
- Le geste· acheter chez le même marchand, deux fois. La troisième fois, il vous garde ce qu'il y a de mieux. C'est ainsi qu'on devient d'un quartier.
Marché Central de Casablanca (Halles centrales), boulevard Mohammed V. Travaux autorisés en janvier 1917, construction achevée vers 1920, architecte Pierre Bousquet. Classé patrimoine national.
· ZERHOUN
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