Contre la perfection
L'industrie promet des objets identiques et des surfaces sans défaut. La Méditerranée a toujours produit autre chose : du vivant, donc de l'irrégulier.
Contre la perfectionLe défaut comme preuve
Un bol de Tamegroute n'est jamais rond. Un mur de tadelakt ondule. Un tapis noué comporte des variations que l'atelier ne corrige pas. Ces irrégularités ne sont pas des ratés : ce sont des preuves. Preuves qu'une main est passée, qu'un feu a décidé, qu'une matière a vécu. L'objet parfait, lui, ne prouve qu'une chose : qu'aucun humain ne l'a touché.

Fin d'après-midi · matières et lumière
La perfection fatigue
Les surfaces industrielles · lisses, régulières, sans histoire · ont un coût sensoriel : elles n'accrochent ni l'œil ni la main. On ne caresse pas du mélaminé. On ne regarde pas deux fois un carrelage d'usine. L'œil glisse et s'ennuie. L'irrégulier, lui, retient : chaque bol demande un instant d'attention, parce qu'il est le seul de son espèce.
Vieillir ou s'user
C'est le vrai partage : les matières vivantes vieillissent · elles se patinent, s'arrondissent, se bonifient. Les matières mortes s'usent · elles se rayent, jaunissent, se remplacent. Une maison meublée d'objets qui vieillissent devient plus belle chaque année. C'est un placement que l'industrie ne peut pas vendre : il joue contre elle.
· ZERHOUN
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