Le marché du matin
Y aller tôt n'est pas une astuce de connaisseur. C'est la condition d'entrée dans un monde qui a disparu partout ailleurs.
Le marché du matinSept heures, pas dix
À dix heures, le marché est un commerce. À sept heures, c'est un théâtre : les étals se montent, la criée s'accorde, les cageots arrivent encore humides de la campagne. La menthe sent plus fort. Les vendeurs ont le temps de parler · et ce qu'ils disent vaut le déplacement.
Le marché du matin est un des derniers lieux où la nourriture a une provenance visible, une saison lisible, un prix discutable. Trois choses que le supermarché a précisément abolies.

Fin d'après-midi · matières et lumière
Acheter est un dialogue
On ne prend pas : on demande. On se fait conseiller la botte, choisir le melon, ajouter la poignée de coriandre offerte. Le marchandage n'est pas une lutte · c'est une conversation avec un protocole, et le protocole est une forme de respect mutuel.
Avoir « son » marchand de légumes, « sa » poissonnière, c'est être de quelque part. Le marché fabrique de l'appartenance à raison de deux visites par semaine.
Ce qu'on rapporte vraiment
Le panier, bien sûr. Mais aussi le menu · car au marché, on ne trouve pas ce qu'on cherche : on cuisine ce qu'on a trouvé. C'est la saison qui écrit la carte. Il suffit de lui laisser la main.
· ZERHOUN
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Lire →Un geste par mois
Les gestes qui se transmettent · verser, dresser, chauler, greffer. La lettre en garde la trace.
Une lettre par mois. Rien à vendre.