La sieste
Entre quatorze et dix-sept heures, l'été, la Méditerranée ferme les volets. Ce n'est pas de la paresse. C'est de l'intelligence climatique.
La siesteUne architecture du sommeil
La sieste n'est pas une habitude posée sur la vie : la vie est bâtie autour d'elle. Les murs épais, les volets de bois, les patios, les sols de carreaux froids · toute la maison méditerranéenne est une machine à traverser l'après-midi. On ferme au sud, on ouvre au nord, l'air circule bas, et la pièce la plus fraîche devient dortoir.
Les horaires suivent : commerces fermés, rues vides, la ville entière en apnée. Ce silence de quinze heures, en août, est un des paysages sonores les plus anciens du bassin.

Fin d'après-midi · matières et lumière
Vingt minutes, pas deux heures
Les anciens le savent sans l'avoir lu : la bonne sieste est courte. On s'allonge tout habillé, sur le banc du salon, un bras sur les yeux. On ne se couche pas · on se pose. Le sommeil profond est pour la nuit ; l'après-midi, on ne fait qu'écrémer la fatigue.
Ce que la sieste protège
Elle coupe le jour en deux et rend deux matins pour le prix d'un. Le soir méditerranéen · les terrasses à vingt-deux heures, les dîners tardifs, les conversations qui durent · n'existe que parce que l'après-midi a dormi. Supprimer la sieste, c'est amputer la nuit.
· ZERHOUN
À lire ensuite
Un geste par mois
Les gestes qui se transmettent · verser, dresser, chauler, greffer. La lettre en garde la trace.
Une lettre par mois. Rien à vendre.

