Le pain partagé
En Méditerranée, on ne coupe pas toujours le pain. On le rompt. La différence n'est pas un détail.
Le pain partagéRompre, pas trancher
Le couteau sépare des parts égales : c'est une opération. La main, elle, rompt et tend : c'est un geste. Celui qui rompt le pain le distribue, et distribuer le pain, dans toutes les cultures du bassin, revient au même : personne ne mange seul ce qui peut se partager.
Au Maroc, le pain rond · khobz · se pose au centre. Chacun en prend, du bout des doigts, du côté qui lui fait face. Il sert d'assiette, de couvert, de mesure. On sauce avec, on pince avec, on finit avec.

Fin d'après-midi · matières et lumière
Le respect du pain
Un morceau de pain tombé ne se jette pas. On le ramasse, on le pose plus haut. Dans les rues, le pain rassis se dépose sur les murets, à part des ordures · quelqu'un le prendra pour les bêtes. Ce n'est pas de la superstition. C'est la mémoire des années où il a manqué.
Cette économie du pain traverse la Méditerranée : chapelure au sud de l'Italie, pain perdu en France, panzanella en Toscane, bruschetta partout. Le pain d'hier n'est jamais un déchet · c'est un ingrédient.
Ce que le pain dit d'une table
Une table sans pain, sur la rive sud, n'est pas une table dressée. On peut manquer de tout le reste. Le pain au centre suffit à dire : ici, on reçoit.
· ZERHOUN
À lire ensuite
Un geste par mois
Les gestes qui se transmettent · verser, dresser, chauler, greffer. La lettre en garde la trace.
Une lettre par mois. Rien à vendre.

